Archive pour la Catégorie Retour sur spectacles

Kyoto Forever – Du théâtre réchauffé pour le développement durable

Posted in Le Quai, Retour sur spectacles avec des tags on Jeudi 9 octobre 2008 by Kevin Martin

La conférence de Frédéric Ferrer, metteur en scène de Kyoto Forever, pouvait mettre l’eau à la bouche. Nous avons affaire à un géographe passionné d’écologie et du développement durable : Kyoto Forever, son second spectacle autour de ce thème à la mode après “Mauvais Temps”, nous montre en quelque sorte la dévotion de cet artiste pour cette noble cause.

Kyoto Forever met en regard la question de la réduction des gaz à effet de serre avec les débats interminablers de haute instance, accueillis par les conférences sans lendemain se succédant à n’en plus finir : Munich, Kyoto, Bali, etc. Ayant lui-même assisté à ces conférences, Fréderic Ferrer voulait rendre compte de l’absurdité qui pouvait se dégager de ces procédures, tout en s’interrogeant sur l’humanité et les états d’âmes des délégués présents.

Sur scène, un grand tapis blanc, sur lequel nous pouvons voir une chaire à huit micros côté jardin, un arbre nu (donc la pertinence peut être mise en question) côté cour, et un écran (carrément inutile, il faut le dire) surplombant discètement le tout. Le spectacle, qui commence curieusement par une mise en espace d’un extrait des Haut de Hurlevent, s’avère quelque peu troublant. Trainant en longueur, riche en passages interminables, toutefois ponctués par de très bons moments (scène où les délégués parlent de leurs passions et de leurs origines, dont le fameux indonésien ayant inventé une maquette d’éolienne fonctionnant à l’énergie… solaire !), Kyoto Forever n’est pas la subtile progression vers une folie déjantée que l’on attendait. Les scènes se succèdent sans se ressembler, le fil de l’histoire peine à résister au trop-plein d’idées dont le spectacle semble avoir subi.

Il sera accordé néanmoins le fait que la sincérité du propos de Frédéric Ferrer demeure. Son parcours, son naturel lorsqu’il parle du spectacle, ne fait pas de lui un individu profitant de la thématique environnementale pour produire un spectacle. Il en demeure que l’on ne peut être que quelque peu déçu d’une performance qui nous parait pouvoir être plus aboutie.

Le Condor – Le rapace se vole dans ses plumes

Posted in Retour sur spectacles, Théâtre du Champ de Bataille avec des tags on Jeudi 2 octobre 2008 by Kevin Martin

Quand un bébé quitte son nid, il est souvent ahuri de découvrir le monde sous un autre visage. Le Condor n’échappe pas à la règle et l’oisillon de Jouanneau a dû voler de ses propres ailes avec le Théâtre Désaxé.

Devant nous se dresse donc une scène totalement dépendrillonnée avec projecteurs à vue (décidément…), au plateau surplombé d’une imposante structure métallique à laquelle un fouillis de feuilles de psychiatre sont attachées. Normal, nous sommes dans un hôpital psychiatrique : Léo Moran y a demandé asile (!) pour parler d’un récent choc : la vue d’une tête humaine où il ne reste que les dents et les yeux. Pas banal vous me direz… Effectivement. Nous nous retrouvons donc face à un huis clos à l’atmosphère malsaine, baignée de la douce musique de Mendelssohn, entouré de… cinq femmes plutôt avenantes en tenue de médecin. S’ensuit une psychanalyse et une réflexion sur l’homme charognard et son féminin plus clément.

Jusqu’ici tout va bien, du théâtre pur et dur où sont censés se voler dans les plumes une ambiance profonde, des conflits, des tensions, des interrogations.

Mais il faut bien avouer que c’est un peu raté. Une mise en scène terne, sclerosée et très peu inspirée s’ajoute aux partis pris douteux (dépendrillonnage et la structure plus perturbante qu’autre chose). Peu convaincants, les comédiens s’adonnent à un surjeu fatigant (à l’exception d’une ou deux comédiennes) et difficile de ne pas décrocher en 1h20 d’un spectacle à la structure mécanique et qui traine en longueur…

En résumé, un beau texte pas vraiment bien servi. Cela m’amène à une question. Pourquoi monter un tel texte avec aussi peu de valeur ajoutée et de créativité ? Un texte aussi rude, difficile, aurait peut-être mérité une lecture un peu plus innovante…

Et v’là condor un peu… et son voisin aussi… Dommage.

 

Vous avez vu le spectacle ? N’hésitez pas à commenter cet article, que ce soit en l’approuvant ou en le désapprouvant !

Yaacobi et Leidental : un vent de folie souffle au Quai

Posted in Le Quai, Retour sur spectacles avec des tags on Lundi 29 septembre 2008 by Kevin Martin

On attendait beaucoup de cette première du NTA et de Frédéric Bélier-Garcia en cette nouvelle saison. Yaacobi et Leidental s’annonçait aussi déjanté que l’a été notre cher directeur du NTA lors de la soirée de présentation de la saison du Quai, autant dire que l’on a pas été déçu.

C’est en effet une véritable tornade de délire total qui est passé devant nos yeux de spectateurs dans ce spectacle à la mise en scène façon vodka-pomme et à la dramaturgie au goût gingembre. Trois personnages sortis du pays des clowns ratés se livrent à une joute d’une heure vingt où il est question d’amour raté, de vie ratée et de sexualité ratée. Un spectacle plein d’auto-dérision qui ne se prend donc pas au sérieux, déborde de créativité frisant même par moment le grand n’importe quoi.

Et puis on finit pas ne plus s’étonner de voir les comédiens prendre d’un coup l’accent marseillais, ou de prendre un cactus comme micro, et on accepte (ou pas) d’entrer dans l’irresistible frénésie déglinguée d’un spectacle haut en couleur et, au fond, en subtilité.

Le pari était de désacraliser une image du théâtre encore un peu empoussiérée de rideaux rouges et de tirades mélodramatiques. En bref, on aime ou on aime moins, mais on ne niera pas, surtout après le flop de la Danseuse malade, la bonne baffe de fraîcheur que nous nous sommes tous pris.

Dans tous les cas, le pari est réussi.

La danseuse malade – Quand les camionnettes se mettent au bûto…

Posted in Le Quai, Retour sur spectacles avec des tags on Jeudi 25 septembre 2008 by Kevin Martin

Pour l’ouverture de la saison 2008-2009, on peut dire que le Quai a fait fort. Très fort même…

Au début, un grand rideau de fer devant nos yeux, puis une scène vide et dépendrillonnée. On se dit qu’on va avoir affaire à notre bûto sauce contemporaine, comme c’est de mode et de convenance dans la danse et le théâtre d’aujourd’hui. A la fin, on regarde les visages médusés des spectacteurs aux applaudissements timides. Certains s’empressent même de quitter la salle avant même que la lumière se fassent sur les saluts.

C’est simple, Tatsumi Hijikata voulait choquer son public. L’élève a sans doute dépassé le maître.

Il faut dire que le concept de contemporanéité dans la danse et le théâtre a sans doute atteint des sommets hier soir, où nous avons vu sur scène deux comédiens, d’abord Boris Charmatz, allumer un pétard, se déshabiller, reculer lentement pour pousser une camionnette de long en large de la scène, dévoilant Jeanne Balibar qui se joint à lui pour décoller du sol et s’enrouler d’une sorte de latex, puis crier soudainement, pour enfin écouter la comédienne (à la performance indéniable, il faut l’avouer) pendant vingt bonnes minutes à déblaterer le texte de Tatsumi Hijikata en conduisant la camionnette et en éclairant de ses phares les têtes attérées des pauvres spectateurs venus voir ce que le Quai leur propose comme divertissement cette année.

Tout ceci dans une réalisation très médiocre et avec des partis pris incompréhensibles. A la fois lent, ennuyeux et criard, l’intérêt de ce spectacle porte uniquement sur le talent époustouflant de Jeanne Balibar à tenir une heure de spectacle quasiment à elle-seule, et sur une recherche ingénieuse niveau lumières.

En résumé, trois possibilités. Soit vous adorez la danse contemporaine et conceptuelle et vous allez vous régalez. Soit vous êtes fan de camionnettes, ou vous rêvez de voir des scènes de décollages de chewing-gums, ou voir un chien galoper un peu partout et dans ce cas vous pourrez sans doute trouver votre bonheur. Soit vous passez votre chemin en espérant que la saison culturelle angevine nous propose des choses moins conceptuelles et plus épanouissantes pour le spectateur.