La danseuse malade – Quand les camionnettes se mettent au bûto…
Pour l’ouverture de la saison 2008-2009, on peut dire que le Quai a fait fort. Très fort même…
Au début, un grand rideau de fer devant nos yeux, puis une scène vide et dépendrillonnée. On se dit qu’on va avoir affaire à notre bûto sauce contemporaine, comme c’est de mode et de convenance dans la danse et le théâtre d’aujourd’hui. A la fin, on regarde les visages médusés des spectacteurs aux applaudissements timides. Certains s’empressent même de quitter la salle avant même que la lumière se fassent sur les saluts.
C’est simple, Tatsumi Hijikata voulait choquer son public. L’élève a sans doute dépassé le maître.
Il faut dire que le concept de contemporanéité dans la danse et le théâtre a sans doute atteint des sommets hier soir, où nous avons vu sur scène deux comédiens, d’abord Boris Charmatz, allumer un pétard, se déshabiller, reculer lentement pour pousser une camionnette de long en large de la scène, dévoilant Jeanne Balibar qui se joint à lui pour décoller du sol et s’enrouler d’une sorte de latex, puis crier soudainement, pour enfin écouter la comédienne (à la performance indéniable, il faut l’avouer) pendant vingt bonnes minutes à déblaterer le texte de Tatsumi Hijikata en conduisant la camionnette et en éclairant de ses phares les têtes attérées des pauvres spectateurs venus voir ce que le Quai leur propose comme divertissement cette année.
Tout ceci dans une réalisation très médiocre et avec des partis pris incompréhensibles. A la fois lent, ennuyeux et criard, l’intérêt de ce spectacle porte uniquement sur le talent époustouflant de Jeanne Balibar à tenir une heure de spectacle quasiment à elle-seule, et sur une recherche ingénieuse niveau lumières.
En résumé, trois possibilités. Soit vous adorez la danse contemporaine et conceptuelle et vous allez vous régalez. Soit vous êtes fan de camionnettes, ou vous rêvez de voir des scènes de décollages de chewing-gums, ou voir un chien galoper un peu partout et dans ce cas vous pourrez sans doute trouver votre bonheur. Soit vous passez votre chemin en espérant que la saison culturelle angevine nous propose des choses moins conceptuelles et plus épanouissantes pour le spectateur.
